Hier, nous étions le samedi 20 mars, je ne sais même pas si nous sommes en printemps.
En tout cas, tout semblait plus gai.
Arrêt du bus , ligne 10.
Jardin des plantes :
15h30: (Je commence)
A droite, à gauche, tout droit ? Tout droit.
Je vois une foule gens sur ce pont, ils regardent tous ces canards, qui s'amusent avec ce tuyau d'eau cassé.
J'immortalise :
Puis je me décide à monter sur les quelques "hauteurs", là j'ai le choix, monter descendre, tourner à gauche à droite, en face de moi, un arbre fait de l'ombre au soleil, qui arrive pourtant à passer entre ses feuilles, le sol semble tacheté. Je me crois dans les nuages.
J'immortalise :

Une foule, un amas de personnes, les uns dans les bras l'un de l'autre, riant, s'embrassant, d'autres comme fixés sur ces bancs le regard vide, j'entends même les rires des enfants au loin dans l'espace jeu, et je pense à vouloir saisir toutes les expressions de ces individus, moi qui déteste les photos portraits je me découvre un nouveau désir..
Tandis que moi, je me promène, seule avec mon appareil photo, essayant tant bien que mal de prendre certains clichés déjà trop prisés..
15h40: ( tant qu'à tourner autour, j'essaye d'en voir toute les couleurs, toutes les facettes. Seulement..)
Une statue, deux amants s'enlaçant, nu.
Tandis que dans mes oreilles, la musique (Emilianna Torrini - Bird) tente de me détacher des lèvres de ses amants, figés dans le temps, c'est trop tard.
J'ai une autre musique en tête, une mélodie qui semble éternelle, un son, un mot, un prénom qui résonne dans mon esprit, mes lèvres les prononcent sans même que je le réalise. Nicolas.
J'étais assise là : sur ce banc qui commence à être ronger par cet arbre : pour une fois que ça n'est pas l'inverse. J'écoutais encore ( Where the road meets the sun.)
J'immortalise :
15h50: (En plus de ça, je n'ai même pas réussie à capter ce moment comme je le voulais.)
La balade continue, je m'arrête devant un arbre, déformé, éreinté par le temps et les saisons, par ce feu tricolore qui s'enchaîne entre ses branches, un drôle d'arbre, je l'admire, les gens me dévisagent, le bruit incessant des voitures me perturbent, mais je reste là, j'essaye d'éterniser cette vue, j'essaye, mais je n'y arrive pas, un groupe de personnes me bousculent, un chien urine contre cet arbre, un klaxon m'extrait de mon rêve, et quelques passants ricanent en me voyant obnubilée par cet "chose"..
Je me rend compte qu'après coup, que mon comportement était en effet un peu décalé, je n'étais pas aussi pressée, aussi dynamique, affolée par le temps qui passe, je m'étais posée, un pied contre le mur, regardant, seulement regardant, immobile à coté de ce monde en branle.
J'immortalise :
16h00: Le temps passe, j'ai bientôt rendez-vous.
Je critique ces gens soumis à ce temps, à ce reflex de "voir l'heure", le temps qui passe.
Pourtant j'en suis aussi dépendant qu'eux.
J'essaye en vain, de m'en détacher, mais je suis rattrapé de force.
J'avais oublié la raison même de ma balade, et cette raison vient à moi comme un coup de fouet en plein visage: me vider l'esprit.
Ça a marché un temps, je devrais être fière.
16h05 : J'arrive ici, il me semble être ailleurs, ailleurs qu'ici à Toulouse.
Je réalise, que j'ai beau vivre ici depuis des années, je n'ai pas encore tout vu, honte à moi.
Je regarde ce qui s'offre de manière majestueuse, j'essaye de comprendre, j'analyse, je me fais interrompre " Vous voulez rentrer ?" "Non non.. Merci, une autre fois".
Je me demande, pourquoi tout ce fouillis, pourquoi cette volonté d'être différent et d'exposer tout ça à un balcon, bon..
Je lis "Galerie".
Je comprend un peu mieux.
Originalité, fouillis, bazar, chaos, désordre, sans queue ni tête : tout me semble incompréhensible : pourtant j'aime.
J'immortalise :
16h15 : Je me balade l'esprit flottant, je regarde, les gens passer, les gens soucieux, les gens béats, les gens absents, les gens amoureux, les gens las, les gens excités, les gens marchant d'un pas décidé vers cette chose qu'il veulent (re)voir au plus vite, j'essaye de me fondre dans cette masse.
En vain. J'ai l'impression d'être mise à l'écart, les gens me regardent comme si c'était défendu de porter un appareil photo autour du cou, de s'arrêter pour photographier des choses inutiles.
On en perd la valeur "de tout" avec ce monde.
Je m'en vais dans ces rues du centre Toulousain, à la recherche d'un coin ordinaire ou original, je ne trouve rien, que du déjà vu, que des choses qui me rappellent, me rappellent pourquoi je suis là à vagabonder.
Je suis là pour m'oublier un temps, me satisfaire dans la solitude et réussir à devancer ce temps qui passe.
Je suis là seulement pour faire passer le temps, faire en sorte que tout soit plus vite révolu. Et me retrouver au calme, en compagnie de ces êtres chers.
J'écoute : Cat Power - Maybe not. Lou Reed - Perfect Day. M - Faut oublier; Le temps mue; C'est pas ta faute; Sous ta peau. La B.O de Good Morning England ( A whiter shade of pale; et toutes les autres ).
Cécile est enfin là, on se balade, on rigole, on passe devant ces gens qui me trouvent maintenant moins stupide, on se fait accoster, par ces gens saouls, on s'assoit, sur ces marches devant la Garonne, sur le quai de la Dorade.
"tu crois qu'on pourrait s'y noyer ?" " Non, que si tu cours droit devant avec beaucoup de volonté."
En face de moi s'érige l'Hôpital la grave, le pont neuf, ces gens qui boivent, qui fument, je me sens de nouveau à l'écart.
Sur l'autre rive, des gens s'amusent à se courir après, à s'attraper, je les entend rire d'ici.
J'immortalise:
On marche, on revient sur nos pas, on va ailleurs, on va complètement ailleurs.
Un ailleurs commun.
On revient, au lieu de retrouvailles.
Place Jean Jaurès, à coté de moi, les gens sont encore plus empressés qu'avant, on dirait que c'est une perpétuelle course contre la montre, le manège tourne, la musique s'en échappe, les gens sortent des cinémas, heureux ou défaits.
Moi je suis simplement là à attendre que le temps passe.
Pour être à plus tard.
Aujourd'hui nous sommes le dimanche 21:
Il fait gris, mes sœurs ont l'air réjouissantes, j'ai annulé ma course dans le jardin de la cité de l'espace.
Il fait trop froid. Il pleut. Un temps maussade. Je suis malade, mais ça va passer.
Je dors mal, je fais des cauchemars atroces, pleins de sang, pleins de poursuite, de fuite, pleins d'horreur.
On dirait un scénario catastrophe qui n'aurait pas marché au cinéma qui a choisit la solution : je me projette dans le crâne de Mademoiselle Cabéza.
Vivement que les jours passent.
Que tout aille mieux.
Vivement le weekend prochain, que je puisse m'enfuir avec mon tendre.
Vivement que l'année BAC soit finit, et que je puisse avoir ce maudit BAC, qu'on arrête de me mettre une pression folle.
Après, j'ose critiquer les gens qui dépendent du temps.
Regardez moi.